Rapport de baguage 2004

publié le Dimanche 22 Août 2004

Distribution spatiale des reprises

publié le Dimanche 22 Août 2004

Distribution spatiale des reprises

Le tableau ci-dessous illustre la distribution des reprises par classes de distance entre le site de baguage et de re-capture ; elle prend en compte la totalité des données de contrôles ou de reprises obtenues à partir des oiseaux bagués poussins.

Distribution (en %) des distances de reprises

 
  Pigeon
ramier
Pigeon
colombin
Tourterelle
turque
Tourterelle
des bois
 
< 10km 73.2% 57.1% 94.2% 83.3%
 
10 km < 100 km 19.7% 42.9% 4.4% -
 
> 100 km 7.1% - 1.4% 16.7%
 

Les nouvelles données obtenues chez les P. ramier ne modifient pas notablement la distribution décrite en 2003. Les re-captures restent essentiellement concentrées dans un rayon de moins de 10 km autour du lieu de naissance. On note toutefois un léger renforcement des re-captures à plus de 100km (+ 2.2%) sans que la distance maximale ait augmenté par rapport à 2003 (pour mémoire : 671 km ). Les autres espèces présentent un schéma proche, mais le faible nombre de données ne permet pas d'aller plus avant. L'ensemble des analyses décrites dans les pages qui suivent concernent donc essentiellement le P. ramier.

L'examen conjugué des distances de dispersion parcourues en relation avec le temps de port de bague, de l'orientation des reprises et de la cartographie de ces dernières tend à confirmer le « pattern » discerné les années précédentes et apporte de nouvelles données soutenant l'hypothèse d'une persistance de comportement migratoire chez une partie des P. ramiers originaires du territoire national.

Fig. 14  : variation des distances mensuelles de dispersion ( valeurs moyenne ± erreur standard et valeurs médiane) en fonction du mois de reprise. Les ronds noirs correspondent aux moyennes, les barres d'erreur aux erreurs standards, les cercles blancs aux valeurs médianes.

La figure 14 met en évidence une augmentation de la distance de dispersion des P. ramiers, s'étalant de septembre à décembre, pour décroître par la suite. En fait, les valeurs moyennes obtenues sont « tirées » vers le haut par un nombre minoritaire d'individus ayant parcouru de très longues distances. Cela est confirmé par des valeurs de médiane (valeur pour laquelle on a 50% des données de part et d'autre de celle-ci) nettement plus basses, même si le « pattern » reste à peu près similaire. Il faut garder à l'esprit que cette figure intègre l'ensemble des données au plan national et qu'elle mélange donc des populations n'ayant pas forcément la même stratégie de dispersion. D'autre part, elle met au même plan des oiseaux repris dans leur 1 ère année et d'autres repris adultes alors qu'ils sont, théoriquement, moins mobiles. Il est probable que ces paramètres induisent une forte variabilité, illustrée par l'importance des valeurs d'erreur standard (indiquant la variation autour de la moyenne).

Il est intéressant de reprendre maintenant la figure présentée lors des précédents rapports, qui illustre la relation entre le temps de port de bague et la distance parcourue (Fig. 15). Celle–ci permet d'examiner si la dispersion sur de longues distances est le seul fait de juvéniles ou pas.

 

Fig. 15  : relation entre le temps de port de bague et la distance baguage – reprise chez les P. ramiers bagués au nid (données cumulées depuis 1999). Les barres discontinues représentent une année écoulée.

Apparemment, la dispersion sur des distances supérieures à 100 km n'est pas le seul fait des juvéniles. En effet, quelques oiseaux bagués poussins ont été repris pour la 1 ère fois au delà de leur 1 ère année, dans des circonstances similaires (dispersion de plus de 50 km , axe Sud-Ouest). Des oiseaux adultes peuvent donc, au cours de leur 2 ème ou 3 ème hiver, se trouver loin de leur sites de naissance. On peut bien sur supposer que ces oiseaux avaient dispersé avant la phase hivernale, c'est-à-dire pendant la reproduction, mais plusieurs points contredisent cette possibilité. La figure 14 montre en fin de période hivernale une diminution des distances de dispersion, suggérant que les oiseaux se rapprochent de leur lieu de naissance. De plus, les rares contrôles réalisés en période de reproduction d'oiseaux bagués poussins les années précédentes ont toujours été effectués à proximité de leur lieu de naissance. Enfin, cette philopatrie est confirmée également par les études de télémétrie que nous avons mené auparavant dans l'Ouest de la France.

Une approche plus « géographique » nous permettra maintenant d'affiner la description du comportement de dispersion des P. ramiers en France. La carte page suivante (Fig. 16) représente les données issues des reprises à distances supérieures à 50 km .

Dans la mesure ou l'immense majorité de ces reprises sont obtenues sur une période qui s'étend de septembre à février, cette carte renforce les hypothèses développées dans le rapport précédent : une partie des P. ramiers bagués poussins dans le Nord, Nord-Est de la France peuvent potentiellement disperser en automne-hiver jusqu'à l'extrémité Sud-Ouest du pays, ou du moins à plus de 100 km selon un axe sud-ouest bien marqué. Néanmoins, ce clivage : populations du nord qui dispersent contre populations de l'ouest qui dispersent peu ou pas ne semble pas aussi net. Ainsi pour la 1 ère fois cette année, 2 poussins bagués en Poitou-Charentes (Charente et Deux-sèvres), ont été par la suite repris respectivement en Gironde et dans les Landes. Plus modestement, mais peut-être plus inattendu, un poussin bagué dans les Côtes d'Armor a été repris dès le mois d'octobre au Sud-Ouest du Finistère, réalisant un trajet d'environ 130 km . Les modalités de déplacement des oiseaux en fonction de leur région d'origine sont peut-être moins « tranchées » qu'on aimerait le croire… Le cumul des nouvelles données donne également l'impression de 2 zones distinctes de dispersion, l'une en Bretagne et l'autre en Aquitaine. Il est peu probable que l'absence de reprises à longue distance entre ces 2 zones soit liée à une différence de pression de chasse : au contraire, pendant l'hiver, le P. ramier est une espèce couramment chassée, aussi bien en Pays de Loire, qu'en région Centre et Poitou-Charentes… Les raisons d'une telle distinction reste en l'état inconnue et de toute manière à confirmer. Il est intéressant de constater que cet hivernage en Aquitaine d'oiseaux nés en France n'avaient pas été mis en évidence par le baguage développé par les Fédérations de Chasse d'Aquitaine et de Midi-Pyrénées, et ceci malgré un nombre conséquent d'oiseaux bagués sur une longue période. L'explication dépend peut-être tout simplement de la période de baguage. Il est beaucoup plus difficile d'obtenir des reprises sur des P. ramiers en période de reproduction, lorsque la chasse est fermée ! Il est fort probable qu'un certain nombre de P. ramiers, originaires de France ont été bagués en hiver ou à l'automne dans le Sud-Ouest, mais la probabilité de retrouver ensuite ces oiseaux en période de reproduction était donc extrêmement réduite…

Ajoutons enfin qu'à nouveau, un nombre significatif de reprises de plus de 50 km concernent des oiseaux d'origine urbaine (un peu plus 50%), certains individus étant même originaires de grands centres urbains. A titre d'exemple, un oiseau né à Rouen a été tué à la chasse dans les landes.

 

Fig. 16  : cartographie des reprises supérieures à 50 km de P. ramier bagués poussins. Le site de capture figure en noir, celui de reprise en blanc.

Les reprises à longue distance se distinguent aussi de celles plus courtes par l'axe de dispersion. Le graphe ci dessous (Fig. 17) montre clairement ce que suggère déjà la carte précédente : tandis que les reprises de moins de 10 km ne privilégient pas d'axe particulier, 45% des reprises « au long cours » privilégient un axe sud-ouest.

Fig. 17  : Distribution (en % du total des reprises) des axes de dispersion des P. ramiers repris. Les axes de dispersion n'étant généralement pas connus pour les reprises de moins de 1 km , celles-ci ne sont donc pas représentées ici.

La carte et la figure précédentes incluent toutes les données, quelle que soit la date de reprise. La décomposition de celles-ci en fonction du mois de reprise devrait permettre de rendre plus clair le processus de dispersion. Cette approche mensuelle est présentée dans les 2 pages suivantes (Fig. 18 et 19).

Fig. 18  : cartographie des reprises de P. ramier de plus de 50 km en fonction du mois de reprise.

 

Fig. 19 : distribution mensuelle (en %) des axes de dispersion des P. ramiers repris pour toutes les données où l'axe de dispersion est connu.

L'ensemble des données présentées dans les 2 figures précédentes renforcent les hypothèses développées précédemment. La figure 18 montre clairement que les reprises à grande distance prennent de l'importance surtout à partir d'octobre, période classique où débute l'activité migratoire. Il est très intéressant de constater qu'à cette époque, plusieurs chasseurs du Sud-Ouest, chassant en palombière, indiquent que les oiseaux repris se trouvaient dans des groupes de taille importante, en vol typiquement migratoire. Dès lors et pendant le mois de novembre également, la majorité de ces reprises va concerner des oiseaux ayant rejoint le Sud-Ouest. Très peu d'oiseaux sont alors repris en Bretagne. En revanche, sur la période décembre-janvier les proportions se rééquilibrent, avec des oiseaux repris aussi bien en Bretagne qu'en Aquitaine. Ces 2 catégories sont complètement absentes en février, où les distances de reprises décroissent alors nettement et ne privilégient pas d'axe particulier. Il faut rester prudent quant aux conclusions sur ce dernier mois puisqu'à cette époque, la pression de chasse est drastiquement diminuée, d'où peut-être une très faible probabilité de reprendre des oiseaux, même si ceux-ci sont potentiellement toujours présents.

La figure présentant la distribution mensuelle des axes de dispersion pour toutes les reprises (Fig. 19) tend à appuyer plus encore sur l'importance de la dispersion vers le Sud-ouest ; dès le mois de septembre, donc y compris pour des dispersions à faible distance, on note la prépondérance de la moitié ouest dans la dispersion. Par la suite, le poids de l'axe Sud-Ouest va se renforcer pour culminer en décembre. L'importance de cet axe décroît à partir de janvier et en février il ne subsiste plus de direction privilégiée.

 

Habitat d'origine des oiseaux repris

Le dernier point abordé concernant le P. ramier sera l'habitat d'origine des oiseaux repris, avec en filigrane la question suivante : est-ce que les oiseaux repris proviennent d'un type d'habitat en particulier ou pas ? Si tel est le cas, la distribution des habitats d'origine des oiseaux repris devrait différer de celles de l'habitat d'origine de l'ensemble des oiseaux bagués. Nous avons donc comparé les deux distributions : habitats des oiseaux repris – habitats des oiseaux bagués chez le P. ramier et, de manière anecdotique, pour les autres espèces. Cette comparaison est illustrée page suivante (Fig.20)

Fig. 20 : histogramme illustrant la distribution de l'habitat d'origine des oiseaux repris (barres noires) et des oiseaux bagués poussins (barres blanches)

Que ce soit pour le P. ramier ou les autres espèces, la distribution des habitats d'origine des oiseaux repris semblent refléter assez fidèlement la distribution de l'habitat d'origine de l'ensemble des oiseaux bagués. En d'autre termes, les oiseaux nés dans les différents habitats ont la même probabilité d'être repris, et le nombre d'oiseaux repris issus de chaque catégorie d'habitat sera fonction avant tout du nombre d'oiseaux bagués dans chaque catégorie. Ce résultat peut apparaître contre-intuitif puisque par exemple on s'attendrait à ce que les oiseaux nés en région agricole aient plus de chance d'être repris à la chasse que des oiseaux originaires de grand centre urbain. L'absence de résultat de ce type tient peut être au fait de la capacité de dispersion des oiseaux ; quel que soit le milieu de naissance, les oiseaux disperseront suffisamment amplement et suffisamment longtemps pour avoir tous à peu près la même « chance » d'être repris. Cette hypothèse devra bien sur être testée de manière plus approfondie pour pouvoir être confirmée ou infirmée.